De femme et d’acier – Cécile Chabaud – Lecture #3

10 000 médecins au front - 1 seule femme : Nicole Girard-Mangin.

Ma libraire me connaît bien. Un peu après la rentrée littéraire, elle me somme d’assister à la venue d’une auteure pour un ouvrage sur une femme, la seule femme médecin de la Première Guerre Mondiale. Ah ouais, dit comme ça, ça en jette.

Et le résultat est à la hauteur de la promesse.

Cécile Chabaud présente son ouvrage. Les recherches qu’elle a faites, ses sources, ses découvertes, son métier de professeur au collège (le même que le mien). Et pendant tout l’entretien, l’incrédulité plane. Comment une femme aussi particulière, incroyable, n’est-elle pas plus connue, mais surtout pas plus mise en avant ? Je me sentirais presque honteuse, moi professeure d’histoire géographie, de ne pas la connaître. Rectification faite. L’auteure nous apprend que dès son vivant, elle n’a pas spécialement été remerciée par l’armée, par l’institution et qu’elle reste encore dans l’ombre…

C’est décidé, ma prochaine lecture serait celle-ci. Je veux connaître cette femme. Dans la dédicace, Cécile Chabaud me souhaite une belle rencontre avec Nicole Girard-Mangin. Elle le fut, bien que teintée de l’ombre de son injuste oubli et de sa triste fin.

Effectivement, Nicole a été la seule femme médecin française au front lors de la Première Guerre Mondiale. Elle a été convoquée suite à une erreur : la lettre qu’elle a reçu demandait le Dr Gérard Mangin. Profondément féministe, Nicole a cru en ce coup du sort et a décidé d’enfoncer la porte qui venait d’être entrebâillée. Ce ne fut pas simple. Au milieu des horreurs de la guerre, Nicole a eu aussi droit à la misogynie ordinaire. Elle a dû lourdement insister pour obtenir un uniforme de son rang que l’armée ne confectionnait pas : elle s’est retrouvée avec un uniforme de médecin femme britannique. Les poilus, parfois étonnés de trouver une femme médecin au front, ont été le principal soutien de Nicole, à qui ils ont offert une plaque (unique reconnaissance qu’elle ait reçue de son vivant).

Le livre nous montre le caractère absolu de cette femme qui se donne entièrement pour soigner et pour ses convictions (former les infirmières et éduquer la population à l’hygiène). Elle fut également victime de la guerre. Touchée à l’oreille par des éclats d’obus, elle se fait opérer par la suite. Cependant, une tumeur se développe et Nicole Girard-Mangin choisit de s’ôter la vie en 1919, quelques mois seulement après la fin des conflits.

Cette belle lecture laisse donc un goût amer et nous pousse à vouloir parler de Nicole Girard-Mangin pour qu’elle sorte de l’oubli. C’est le minimum qu’elle mérite.

Le boudoir d'Histoire de châteaux

Par Suzanne Poulat

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