La plus précieuse des marchandises – Film #5

Michel Hazanavicius à la tête d’un film d’animation ? Pourquoi pas !

Je n’ai pas regardé la bande-annonce avant de voir ce film. Mais je sais que c’est un film d’animation et sur l’affiche, il y a de la neige partout. L’atmosphère me fait penser à celle de La petite fille aux allumettes. Un monde recouvert d’un manteau de neige où on ne voit pas à deux mètres devant soi. Je comprends aussi qu’une famille y récupère un enfant différent d’eux.

L’histoire est belle. Un couple de bûcherons qui a perdu ses enfants et qui vit dans une routine morne et dure voit son quotidien bouleversé. Au passage d’un train, la femme bûcheronne entend des pleurs et récupère un enfant. Tout de suite, elle considère le nourrisson comme le sien, comme un « cadeau du train ». Le mari bûcheron est plus dur à convaincre. L’enfant serait un sans-coeur, qui ne mérite pas la vie. Peu à peu, il se laisse attendrir. Le reste du village se méfie pourtant, la femme n’a jamais été enceinte .. ? D’où vient cet enfant ?

On comprend alors que ce train est en fait un de ces trains remplis de juifs et d’opposants aux nazis qui sont transférés dans les camps de travail et de concentration de l’est de la Pologne. Le « sans-coeur » est un enfant juif.

Le film nous fait découvrir le geste désespéré de son père qui, voyant une silhouette au loin, jette son enfant par un trou du wagon à bestiaux dans lequel il se trouve, dans l’espoir que la silhouette offrira une vie meilleure à son enfant.

La méfiance du village se transforme en violence, le bûcheron sacrifie sa vie pour permettre à sa femme et à l’enfant de s’enfuir. Grâce à une chèvre, elles survivent en ville en vendant des fromages.

En parallèle, les russes libèrent les camps. Le père biologique a survécu, il erre sur les routes gelées en longeant le chemin de fer. Il tombe épuisé et un paysan le ramène en ville. Sur la table de vente des fromages, il reconnaît le tissus avec lequel il a lancé son enfant du train. Il voit l’enfant et comprend. Mais l’enfant est épouvanté par son apparence, lui également. Il part en pleurant.

Des années plus tard, il revient en Pologne pour un séminaire et entend parler d’une jeune femme, fille d’une fromagère, devenue citoyenne d’honneur en URSS communiste. S’agirait-il de sa fille ?

L’histoire est extrêmement touchante, entre la simplicité de l’amour d’une mère et l’horreur des camps et du désespoir qu’ils provoquent, les enjeux sont prenants et sérieux. Ils rappellent l’immense bouleversement qu’ont provoqué ces pratiques nazies dans toute l’Europe, des pratiques dont les conséquences nous touchent encore.

Le boudoir d'Histoire de châteaux

Par Suzanne Poulat

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