Le témoignage touchant et dérangeant d'une rescapée yézidie du régime de Daesh en Irak.
Je ne sais plus exactement de quelle manière j’ai entendu parlé de ce témoignage. Ni comment je m’en suis souvenu afin d’acquérir ce livre. Je savais déjà ce que livre abordait avant de voir la couverture : d’une femme victime du régime de Daech, réduite à l’esclavage sexuel. Et même si on se dit parfois que notre monde est pas si mal, là on est bien dans le mal et il est bien présent. Autant on se sent chanceux d’en être protégé, autant on ne peut que compatir, écouter et croire celles et ceux qui en sont encore victime aujourd’hui.
Quand j’ai posé les yeux sur cette couverture, j’ai trouvé la jeune femme belle et douce. Je me suis demandée comment on pouvait garder un si beau visage après avoir vécu tout ça mais je crois maintenant que tout cela l’a rendu encore plus belle, elle a la douceur et l’absolue sérénité (dans les traits) de celle qui a survécu, qui a été forte et qui continue de l’être.
L’ouvrage est un vrai récit de vie, un témoignage détaillé et chronologique de l’expérience de Nadia. Son histoire commence quelques temps avant l’arrivée de Daech dans son village et raconte le quotidien de sa communauté yézidie, ses croyances, et ses relations avec les voisins aux religions et croyances différentes, ce depuis des siècles. Alors qu’elle décrit ce quotidien modeste mais heureux, on a peine à imaginer comment cela pourrait basculer.
Pourtant, le récit arrive peu à peu à l’installation de Daech dans le village, qui ne semble pas si pesante au départ, pour l’être de plus en plus. Les yézidis sont, au départ, prisonniers dans leur propre village. De plus en plus de règles les cloîtrent chez eux et les empêchent d’échanger. Plusieurs fois, ils sont forcés de se regrouper pour écouter de nouvelles règles et directives. L’une de ses fois, ils sont séparés : femmes d’un côté, hommes de l’autre. La descente aux enfers se poursuit. Les hommes sont conduits dehors et les femmes parquées à l’intérieur, elles croient entendre des coups de feu. Les hommes ont bien été exécutés sommairement, certains survivent et parviennent à s’enfuir en se faisant passer pour mort après les rafales. Les femmes quand à elles sont à nouveau trier, celles qui osent poser des questions ou se rebeller sont frappées, maltraitées.
Les jeunes filles et femmes, dont fait partie Nadia, sont conduites en bus dans une autre ville. Dans ce bus, un garde touche toutes les jeunes femmes en passant, il presse leurs seins au point de les meurtrir. Nadia en fait partie et c’était la première fois qu’un homme la touchait. Elle comprend petit à petit ce qu’il advient de son groupe. Elles vont être vendues comme esclaves sexuelles aux soldats de Daech. Nadia est une sabiya (esclave sexuelle) à leurs yeux. Au cours de ce cauchemar, Nadia est vendue à différents « propriétaires » qui abusent d’elle. Ils la forcent à se maquiller, à s’épiler, à porter certains vêtements, à distribuer le thé dans ces tenues. Elle est régulièrement violée et mal vue par les femmes de ses « propriétaires » qui désapprouvent sa présence. Elle est menacée régulièrement de sévices divers en cas de rébellion. Elle tente pourtant une première fois de s’échapper et cela tourne mal. Nadia sombre. Elle mange très peu et souffre des agressions dont elle est victime.
Au bout de quelques mois, l’un des gardes du lieu où elle se trouve fait preuve de négligence. Malgré sa crainte, Nadia sort et erre autour de la maison. Elle hésite sur la direction à prendre au point de considérer faire demi-tour puis elle finit par frapper à une porte, malgré ses craintes de tomber sur des soldats ou des pro-Daech. Elle tombe sur une famille musulmane sunnite qui écoute son récit et décide de la cacher et de l’aider. Nadia a de la famille en sécurité dans le Kurdistan. Son évasion demande du temps et de la ruse mais elle fonctionne.
Nadia retrouve son frère et prend conscience de tous les efforts qui sont menées par certains réseaux pour libérer les sabiyas comme elle. Elle tente d’apporter sa pierre à l’édifice. Elle se rend alors en Allemagne pour témoigner et décide après ce voyage de poursuivre son œuvre de son sensibilisation au quotidien. Elle veut faire connaître et défendre la culture yézidie, ainsi que témoigner de son parcours et de sa survie.
Le courage et la résilience de Nadia m’ont bouleversés. J’admire énormément son parcours, sa force à travers les épreuves, le recul qu’elle a sur ceux qui l’ont agressé et sa foi qu’un jour, ils paieront. Je l’espère avec elle.