La vie devant soi – Emile Ajar (Romain Gary) – Lecture #1

Une collègue m'a dit de le lire. Alors je l'ai fait. Et voici mon avis dessus.

Alors que je sonde mes collègues sur les lectures « classiques » qui les ont le plus marqué, une collègue de SVT lance, en sortant avec énergie de la pièce, «La vie devant soi de Romain Gary ! Faut le lire ! J’ai beaucoup aimé ! ».

Je ne sais pas pourquoi, parmi toutes les propositions, c’est celle-ci que je retins alors.

Pourtant, Romain Gary, c’est pas vraiment ma tasse de thé. Et, à la base, je cherchais des classiques plus anciens, de petites pépites moins connues de Flaubert, Balzac (comme Adieu, lisez-le!) et autres auteurs desquelles je serais passée à côté.

Romain Gary, malheureusement, je n’en ai pas un bon souvenir. Traumatisme de prépa comprenez-bien...Ce sera peut-être le sujet d’un autre article.

Pourtant, je me laisse tenter. Connaissant ma collègue, ça devrait me plaire. Et quelle découverte !

On suit le jeune Momo, comme un gavroche moderne à la gouaille bien particulière, dans les quartiers parisiens, au milieu des prostituées, cherchant à tout prix à protéger celle qui l’a élevé et qui n’a plus que lui : Madame Rosa. Il faut la protéger car, avec l’âge grandissant, elle devient sénile, se détériore, délire, mais ne veut absolument pas qu’on la « force à vivre » à l’hôpital. Juive traumatisée par les événements de la Seconde Guerre Mondiale, elle cache sa croyance et fuit les autorités, par principe.

De nombreuses formulations, dans ce texte raconté du point de vue du petit Momo, sont frappantes d’ingénuité et de justesse. Le travail de Romain Gary est admirable à ce sujet. L’ouvrage a d’ailleurs reçu le prix Goncourt à l’époque. Ces phrases ont un effet coup-de-poing saisissant. Dans les premières pages de l’ouvrage, je suis notamment tombée sur celle-ci : « Pendant longtemps, je n’ai jamais su que j’étais arabe parce que personne ne m’insultait ». Quelle puissance d’évocation !

Cette histoire touchante rappelle que les liens humains peuvent être très forts bien que non-biologiques, qu’ils sont parfois plus forts que certains liens biologiques d’ailleurs puisque le père de Momo apparaît dans l’intrigue et réussit à décevoir son fils. Que certains événements sont traumatisants à vie et qu’on ne guérit pas du tout, on vit simplement avec. Que l’on peut tenir compagnie à nos êtres chères à leur condition, jusqu’au bout, même si cela est difficile.

C’est une lecture que j’ai beaucoup apprécié à différents niveaux, dans le fond comme dans la forme. N’hésitez-pas si cela vous tente, Momo mérite d’être entendu !

Le boudoir d'Histoire de châteaux

Par Suzanne Poulat

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